Six premières étapes pour sortir du « Zéro Net », et le rôle du Québec
laClimatique.ca · 6 min de lecture

Critiquer, c’est facile. Proposer, c’est plus rare. Énergie & Climat en un coup d’œil, édition canadienne 2025, publié par Canadiens pour une politique climatique raisonnable, termine ses 88 pages de données par un chapitre intitulé « Quelles sont nos meilleurs choix ? ». C’est un plan d’action. Et il concerne le Québec au premier chef.
Le constat de départ
Le livre pose un principe que nos gouvernements ont perdu de vue : la réduction des émissions ne devrait pas être l’objectif principal de la politique énergétique du Canada. L’objectif devrait être le meilleur équilibre entre la prospérité économique, l’harmonie sociale, la qualité de l’environnement, la responsabilité financière, la sécurité énergétique et, les auteurs le soulignent, la promotion des relations fédérales-provinciales.
Pourquoi ? Parce que, comme nous l’avons détaillé dans Deux semaines et demie et Le « Zéro Net », un pari de 5 000 milliards, les émissions canadiennes sont trop faibles pour changer quoi que ce soit au climat mondial, et le coût de tenter de le faire est astronomique.

Le Canada est loin d’atteindre ses objectifs de 2030 et de 2050. Source : « Énergie & Climat en un coup d’œil », édition canadienne 2025 (CSCP), d’après Ron Davison, Friends of Science Society, données Our World in Data.
Les six premières étapes
Voici, dans l’ordre du livre, les mesures proposées :
- Abandonner l’agenda « Zéro Net » du Canada. La Loi sur la responsabilisation en matière de zéro émission nette de 2021 a inscrit dans la loi un objectif inatteignable. Il faut la revoir.
- Éliminer le régime de tarification du carbone. La taxe fédérale, à 80 $ la tonne et en route vers 170 $ en 2030, place le Canada à part de tous ses concurrents : ni les États-Unis, ni la Chine, ni la Russie, ni l’Arabie saoudite n’ont de taxe carbone nationale, et celle du Mexique est de 4,80 $.
- Soumettre toutes les autres politiques climatiques à une analyse coûts-avantages rigoureuse. Chaque programme doit dire ce qu’il coûte et ce qu’il change, en dixièmes de degré.
- Confier la réglementation des infrastructures énergétiques et la fixation des tarifs à des entités neutres, indépendantes du gouvernement.
- Abandonner le Plan de réduction des émissions de 2030 et laisser les codes de construction, le zonage et les permis aux provinces et aux municipalités.
- Abroger les Règlements sur l’électricité propre, qui exigent l’élimination de toute production d’électricité à base d’hydrocarbures d’ici 2035.
Le livre résume l’effet attendu en une phrase : plus un pays est riche, mieux il peut s’adapter aux événements météorologiques extrêmes et aux changements climatiques, quelle qu’en soit la direction ou la cause.
Ce que chaque étape signifie pour le Québec
Le Québec a tendance à considérer que ces débats se jouent entre Ottawa et l’Alberta. C’est une erreur. Chacune de ces étapes a une version québécoise.
- La tarification du carbone. Le Québec a son propre marché du carbone, lié à la Californie. Il rend l’essence, l’épicerie et le transport plus chers, sans effet mesurable sur le climat. Nous l’avons expliqué dans La taxe carbone, une hérésie économique.
- Les codes de construction. Les normes « Zéro Net » ajouteraient 38 000 $ au prix d’une maison neuve au Québec. Rapatrier cette compétence là où elle appartient, c’est aussi protéger nos jeunes familles. Voir 38 000 $ de plus pour une maison neuve.
- L’électricité. Le Québec produit déjà une électricité presque entièrement sans émissions grâce à l’hydro. Le Canada dans son ensemble est à 82 %. Nous sommes un leader mondial, et c’est précisément pourquoi nous n’avons rien à prouver avec des éoliennes subventionnées ou des interdictions de gaz naturel. Voir Quand les plombs vont sauter.
- L’analyse coûts-avantages. Il n’y a jamais eu, au Québec, d’évaluation honnête de ce que coûtent l’interdiction des hydrocarbures et l’électrification forcée, ni de ce qu’elles changent au thermomètre. L’exemple parfait : les quotas de gaz « renouvelable », qui imposent à tous les clients du gaz un produit trois fois plus cher que presque personne ne demande, pour plus d’un milliard de dollars sur quatre ans. Voir Le gaz « renouvelable » : trois fois le prix.
- L’interdiction des hydrocarbures. La loi québécoise de 2022 est l’équivalent provincial de l’agenda « Zéro Net » : on importe 100 % du pétrole et du gaz qui fournissent plus de la moitié de notre énergie, et on s’interdit d’en produire. L’abroger est la première étape québécoise. Voir Interdit d’exploiter, obligé d’importer.
Le Québec comme partenaire, pas comme frein
Le livre insiste sur les relations fédérales-provinciales. C’est là que le Québec peut jouer un rôle que personne d’autre ne peut jouer.
Nous avons l’hydroélectricité la plus abondante du continent. Nous avons des gisements de gaz naturel dans les basses-terres du Saint-Laurent et des minéraux critiques du Nord jusqu’en Abitibi. Nous avons un fleuve qui mène à l’Atlantique, à mi-chemin entre l’énergie de l’Ouest canadien et les marchés européens.
Un Québec qui exploite ses ressources, qui ouvre sa porte au gaz de l’Alberta en route vers l’Europe et qui fournit les minéraux dont l’Ontario a besoin pour ses usines, c’est un Québec qui apporte quelque chose à la fédération. C’est aussi un Québec qui n’a plus besoin de la péréquation. Nous l’avons décrit dans La passerelle vers l’Europe.
L’appel aux pionniers
Le livre constate que la plupart des grandes institutions canadiennes, du secteur financier aux fonds de pension, adhèrent au « Zéro Net » par conformisme, et que la plupart des politiciens ont peur de remettre en question le consensus supposé. Il lance donc un appel à un groupe courageux de « pionniers » pour sortir le pays de ces politiques coûteuses et inefficaces. Concrètement :
- bâtir une masse critique de gens bien informés, capables de parler de réforme devant les chambres de commerce, les conseils municipaux et les conseils d’administration des institutions financières;
- fournir aux médias indépendants des articles et des mémoires solides;
- financer les organisations qui défendent le réalisme climatique;
- et, au bout du compte, convaincre des élus prêts à changer les politiques actuelles.
Au Québec, ces pionniers ont un nom : ce sont les Prospecteurs. Des gens d’affaires, des agriculteurs, des ingénieurs, des maires, des citoyens qui croient que leur coin de pays a tout pour gagner et qui sont prêts à le dire haut et fort, en français, dans leurs propres institutions.
Le livre a fait la démonstration. Il reste à faire le travail. Explorez, exploitez, et prospérez.
Pour aller plus loin : Énergie & Climat en un coup d’œil, édition canadienne 2025, section 5 (« Quelles sont nos meilleurs choix ? »). Les figures et références du livre sont disponibles sur sensiblechange.ca.