38 000 $ de plus pour une maison neuve au Québec
laClimatique.ca · 4 min de lecture

Trouver un logement abordable est devenu, pour une génération entière de Québécois, un parcours du combattant. Loyers en hausse, listes d’attente, jeunes couples qui repoussent le premier achat ou le premier enfant. Dans ce contexte, on s’attendrait à ce que les gouvernements fassent tout pour construire plus et moins cher.
Ils font l’inverse. Énergie & Climat en un coup d’œil, édition canadienne 2025, consacre un chapitre à une mesure qui passe sous le radar : les codes du bâtiment « Zéro Net ».
Ce que le plan fédéral exige
Le Plan de réduction des émissions d’Ottawa prévoit que les codes de construction « exigeront une augmentation de l’efficacité énergétique telle que les nouveaux bâtiments résidentiels utiliseront 61 % moins d’énergie d’ici 2025 et 65 % moins d’énergie d’ici 2030 par rapport à 2019 ». Pour les bâtiments commerciaux, l’objectif est de 47 % d’ici 2025 et de 59 % d’ici 2030.
Sur papier, qui est contre l’efficacité ? Le problème, c’est le prix de chaque pourcentage supplémentaire. Les premières mesures d’isolation sont peu coûteuses et rentables. Les dernières, celles qui permettent d’atteindre des cibles aussi ambitieuses, coûtent une fortune pour un gain marginal.
La facture, province par province
Le Fraser Institute a chiffré l’effet de ces normes. Le livre reprend ses conclusions :
| Région | Coût supplémentaire par maison neuve |
|---|---|
| Provinces de l’Atlantique | 22 000 $ à 35 000 $ |
| Québec | 38 000 $ |
| Ontario et Colombie-Britannique | plus de 70 000 $ |
| Moyenne canadienne | environ 55 000 $ |
Au total, les normes ajouteraient 8,3 % au coût d’une maison neuve. Au Québec, 38 000 $ de plus, c’est souvent la différence entre une mise de fonds suffisante et un refus de la banque.
80 000 emplois en construction
Le coût ne s’arrête pas aux acheteurs. La même étude calcule que les coûts ajoutés à la construction résidentielle et commerciale entraîneraient une baisse de 6,8 % de l’activité dans le secteur, la perte de plus de 80 000 emplois en construction au Canada et un recul de 1,8 % du PIB national d’ici 2030.
Le Québec, avec sa part de l’industrie, perdrait des milliers de charpentiers, d’électriciens et de plombiers au moment précis où il en manque pour bâtir les logements promis.

Déclin de la croissance du PIB du Canada depuis 1970, avec les prévisions de déclins supplémentaires. Source : « Énergie & Climat en un coup d’œil », édition canadienne 2025 (CSCP), d’après l’OCDE.
Un objectif qui s’auto-sabote
Le gouvernement fédéral veut ajouter 3,5 millions de logements abordables au marché d’ici 2030. Il impose en même temps des normes qui rendent chaque logement plus cher et chaque chantier moins rentable. Le livre résume la situation en une formule empruntée au Fraser Institute : le mauvais geste au mauvais moment.
Et pour quel bénéfice climatique ? Comme nous l’expliquons dans Deux semaines et demie, l’ensemble des émissions du Canada représente 1,5 % du total mondial. Le secteur résidentiel québécois, chauffé en grande partie à l’hydroélectricité, en est une fraction infime. On impose 38 000 $ par maison pour un effet sur le thermomètre qu’aucun instrument ne peut détecter.
Le Québec chauffe déjà propre
Il y a quelque chose de particulièrement absurde à appliquer ces normes au Québec. Nos maisons sont chauffées majoritairement à l’électricité d’Hydro-Québec, une énergie sans émissions. Le gain climatique d’une isolation extrême chez nous est encore plus faible qu’ailleurs au pays.
Ce que le Québec gagnerait à imposer ces normes : rien. Ce qu’il perdrait : des logements, des emplois et des jeunes familles qui partent s’établir là où une maison est encore accessible.
Ce que nous proposons
Le livre recommande de laisser l’établissement des codes de construction, du zonage et des permis aux gouvernements provinciaux et municipaux. C’est du gros bon sens. Les besoins d’un bungalow à Saguenay et d’un condo à Vancouver ne sont pas les mêmes, et personne à Ottawa ne les connaît mieux que les gens qui y vivent.
Le Québec a tous les outils pour fixer ses propres normes, adaptées à son climat, à son électricité et à sa crise du logement. Il devrait les utiliser. Et il devrait dire clairement à Ottawa que la lutte au changement climatique ne passera pas par l’exclusion d’une génération du marché immobilier.
Pour aller plus loin : Énergie & Climat en un coup d’œil, section 1, chapitre 5 (« L’impact environnemental et social »), et l’étude du Fraser Institute Wrong Move at the Wrong Time (en anglais).