La taxe carbone, une hérésie économique
laClimatique.ca · 4 min de lecture

Chaque fois que vous faites le plein, que vous payez votre épicerie ou que vous recevez une facture de livraison, vous payez une taxe que vous ne voyez pas. Au Québec, elle porte un nom technique, le « marché du carbone », mais son effet est simple : tout ce qui bouge et tout ce qui se transporte coûte plus cher.
Trois invités du balado Réalisme Climatique ont décortiqué cette politique. Leur verdict est sans appel.
Le Québec, presque seul sur le continent
Philippe Meloni, consultant stratégique en technologies de l’information et cofondateur du Mouvement localiste du Québec, a consacré un épisode entier aux « taxes carbone » (écouter l’épisode). Selon lui, le Québec est l’un des seuls États d’Amérique du Nord, avec la Californie, à imposer une taxe carbone à la consommation.
La facture est concrète. Sur le gaz naturel, le marché du carbone québécois (le SPEDE) ajoute près de 9 ¢ par mètre cube, soit environ le tiers du prix du gaz conventionnel en 2025-2026, selon l’Institut économique de Montréal. Un tiers de la facture de chauffage d’une école ou d’un hôpital, c’est une taxe.
Autrement dit, nos entreprises affrontent des concurrents de l’Ontario, des États-Unis et du Mexique qui ne paient pas cette facture. Pour une PME manufacturière, un transporteur routier ou un producteur agricole, c’est un handicap permanent, inscrit dans la loi.
Sur l’épicerie et le transport
La taxe carbone n’est pas payée seulement à la pompe. Philippe Meloni le rappelle : elle se répercute sur le transport des marchandises, donc sur le prix de tout ce qui arrive par camion. Le pain, le lait, les fruits et les légumes, les matériaux de construction : tout passe par la route.
Ce sont les familles à revenu modeste et les régions éloignées qui écopent le plus. À Montréal, on peut parfois prendre le métro. À Rouyn-Noranda, à Gaspé ou à Chibougamau, la voiture et le camion ne sont pas des options, ce sont des nécessités.
Un effet nul sur le climat mondial
Que gagne-t-on en échange ? Selon Philippe Meloni, aucun effet mesurable sur le climat mondial. Et les chiffres avancés par l’ingénieur Christian Gérondeau, auteur de « Le climat par les chiffres », aident à comprendre pourquoi (écouter l’épisode).
Selon lui, l’Europe entière n’ajoute chaque année qu’environ 1 milliard de tonnes de carbone aux quelque 3 300 milliards de tonnes déjà présentes dans l’atmosphère. Si l’Europe tout entière pèse si peu, le Québec pèse encore beaucoup moins. Aucune taxe québécoise ne changera la température de la planète.
Le CO2, un engrais
Le physicien François Gervais, ancien directeur de laboratoire au CNRS, ajoute un élément qu’on oublie trop souvent (écouter l’épisode). Comme Christian Gérondeau, il souligne que la Terre est aujourd’hui plus verte qu’il y a 50 ans, en bonne partie grâce au CO2, qui nourrit les plantes.
Le chapitre Verdissement global du livret Climat en bref présente les observations satellitaires qui vont dans le même sens. Taxer le CO2 comme un polluant, c’est taxer un gaz dont la nature a besoin. Nous l’avons expliqué dans Le CO2 n’est pas un poison.
L’Europe comme avertissement
Christian Gérondeau observe de près ce qui se passe en Europe, où les politiques climatiques sont allées le plus loin. Il cite l’exemple de Volkswagen : selon lui, les normes imposées au secteur automobile, et notamment la marche forcée vers le tout-électrique, poussent le constructeur à fermer des usines et à supprimer des emplois. Pour Christian Gérondeau, c’est le signe d’une véritable « perte de raison collective ».
Le Québec, qui s’est lancé lui aussi dans l’électrification à coups de subventions, aurait tout intérêt à tirer les leçons de l’expérience européenne avant de répéter les mêmes erreurs. Une industrie manufacturière perdue ne se reconstruit pas en un mandat, et elle part rarement bien loin : souvent, elle part en Chine.
Ce que nous proposons
La taxe carbone québécoise coûte cher aux familles, affaiblit nos entreprises et ne change rien au climat mondial. Le gros bon sens commande de :
- abolir la taxe carbone à la consommation et le marché du carbone qui la porte;
- évaluer chaque politique climatique selon son effet mesurable sur la température et son coût réel pour les Québécois;
- redonner à nos PME, à nos transporteurs et à nos agriculteurs les mêmes règles du jeu que leurs concurrents nord-américains.
Le Québec doit carburer à l’innovation, pas à la peur. Et certainement pas à une taxe que presque personne d’autre sur le continent n’a jugé bon d’imposer.
Pour aller plus loin : les épisodes avec Philippe Meloni, Christian Gérondeau et le Pr François Gervais au balado Réalisme Climatique.