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Le record de chaleur du Québec date des années 1920

laClimatique.ca · 5 min de lecture

Le record de chaleur du Québec date des années 1920

Chaque été, les manchettes annoncent des « records » et des « extrêmes sans précédent ». Chaque été, on nous dit que c’est la preuve d’un dérèglement. Le problème, c’est que les registres officiels racontent une histoire bien différente.

Énergie & Climat en un coup d’œil, édition canadienne 2025, a compilé les données d’Environnement Canada, de la Base nationale de données sur les feux de forêt et du GIEC lui-même. Voici ce qu’elles disent.

Les records provinciaux de chaleur

Le livre reproduit la carte des records de température de tous les temps par province et territoire, établie à partir des données d’Environnement Canada. Le portrait :

  • Six des treize provinces et territoires ont établi leur record de chaleur dans les années 1930.
  • Deux provinces l’ont établi dans les années 1920 : le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador.
  • L’Ontario dans les années 1970, le Nunavut dans les années 1980, le Yukon dans les années 2000.
  • Seuls deux records datent des années 2020 : la Colombie-Britannique et les Territoires du Nord-Ouest.

Autrement dit, la journée la plus chaude jamais enregistrée au Québec s’est produite il y a un siècle, bien avant les autoroutes, les centres commerciaux et l’essentiel des émissions de CO2. Le livre conclut qu’il n’y a pas de tendance claire à des vagues de chaleur records soutenues au Canada pendant la période supposément « la plus chaude des deux derniers siècles ».

Carte du Canada avec le record de chaleur de chaque province : Québec 40,0 °C en 1921, Alberta 43,3 °C en 1931, Saskatchewan 45,0 °C en 1937, Colombie-Britannique 49,6 °C en 2021

Records historiques de température maximale par province et territoire. Source : « Énergie & Climat en un coup d’œil », édition canadienne 2025 (CSCP), d’après Chris Martz (carte) et Environnement Canada.

Les feux de forêt : une tendance à la baisse

Le Québec a vécu un été 2023 difficile, avec des feux exceptionnels et des évacuations dans le Nord et en Abitibi. Il serait facile d’en faire le symbole d’une nouvelle ère.

Les données nationales disent autre chose. La Base nationale de données sur les feux de forêt du Canada montre une tendance à la baisse, tant pour le nombre d’incendies que pour la superficie brûlée, au cours des 31 dernières années. À l’échelle mondiale, les satellites de la NASA et de l’Agence spatiale européenne montrent une diminution substantielle du nombre de feux et de la surface brûlée depuis des décennies.

Quant à 2023, le livre le qualifie d’événement exceptionnel, probablement causé par la sécheresse, par des pratiques forestières qui ont laissé s’accumuler le combustible au sol et, au moins en partie, par des actes de vandalisme. Il cite le cas, rapporté par CNN, d’un homme qui avait prétendu que le gouvernement allumait les feux et qui a plaidé coupable d’en avoir lui-même allumé quatorze au Québec.

Fait intéressant : une étude du Service canadien des forêts attribue la diminution des incendies au cours des dernières décennies à l’effet combiné de la fertilisation par le CO2 et d’un réchauffement modéré, qui ont amélioré l’humidité des sols.

Nombre d’incendies de forêt et surface brûlée au Canada de 1980 à 2022 : le nombre d’incendies baisse de quelque 12 000 à moins de 6 000

Le nombre d’incendies de forêt a diminué au Canada depuis 1980. Source : « Énergie & Climat en un coup d’œil », édition canadienne 2025 (CSCP), d’après la Base nationale de données sur les feux de forêt du Canada.

Ce que le GIEC écrit vraiment

Le livre reproduit le tableau 12.12 du sixième rapport du GIEC, celui qui résume, région par région, si une influence humaine a été détectée sur chaque type d’événement extrême. Pour la plupart des phénomènes, sécheresses, précipitations, vents, cyclones, la case est blanche : « faible confiance dans la direction du changement ». Pas de signal humain discernable.

Le GIEC dit n’avoir qu’une « faible conviction » quant à l’attribution de tout changement dans l’activité des cyclones tropicaux à l’activité humaine. Les données mondiales ne montrent aucune hausse du nombre ou de l’intensité des cyclones depuis 1971, et une étude de 2022 constate même une baisse de 13 % depuis 1850.

Ce n’est pas ce que dit le résumé à l’intention des décideurs, ni les manchettes qui en découlent. Mais c’est ce que disent les chapitres techniques, écrits par les scientifiques.

Le froid, le vrai tueur

Il y a une donnée que tout Québécois devrait connaître. Selon la plus vaste étude jamais réalisée sur le sujet, publiée dans The Lancet en 2021 par 68 chercheurs de 33 pays, le froid tue environ dix fois plus de personnes que la chaleur. Et à mesure que la planète s’est modérément réchauffée, les décès liés aux températures non optimales ont diminué : 166 000 décès de moins par année pendant la période étudiée.

Plus largement, les décès attribuables aux catastrophes météorologiques ont chuté de plus de 99 % en un siècle, passant d’environ 485 000 par année dans les années 1920 à 7 790 en 2020. Nous avons des maisons mieux construites, des prévisions, des routes, de l’énergie pour nous chauffer. Bref, la prospérité protège.

Pour un pays nordique, un hiver un peu moins rude n’est pas une menace. C’est une bonne nouvelle. Et une énergie abondante pour chauffer nos maisons en janvier, comme nous l’expliquons dans Quand les plombs vont sauter, en est une plus grande encore.

Décès dus au froid et à la chaleur par région, 2000-2019 : Europe 0,66 million contre 0,18, Chine 0,97 contre 0,071, Inde 0,66 contre 0,084

Les décès dus au froid dépassent de près de dix pour un ceux dus à la chaleur. Source : « Énergie & Climat en un coup d’œil », édition canadienne 2025 (CSCP), d’après The Lancet Planetary Health, 2021.

Pourquoi c’est important pour le Québec

Chaque politique québécoise de « lutte aux changements climatiques » est justifiée par l’idée que les extrêmes s’aggravent chez nous. Les registres canadiens ne le confirment pas. Avant d’imposer une nouvelle taxe ou une nouvelle interdiction au nom des « extrêmes », il faudrait au minimum regarder la carte des records.

Le livret Climat en bref documente les mêmes tendances, thème par thème, à partir des données américaines et mondiales. L’édition canadienne y ajoute maintenant les chiffres de chez nous.

Pour aller plus loin : Énergie & Climat en un coup d’œil, section 3, chapitres 4 (« Les phénomènes météorologiques extrêmes et les catastrophes liées à ceux-ci ne s’aggravent pas ») et 6 (« Le réchauffement climatique sauve des vies »).