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Interdit d’exploiter, obligé d’importer : le paradoxe énergétique du Québec

laClimatique.ca · 5 min de lecture

Interdit d’exploiter, obligé d’importer : le paradoxe énergétique du Québec

Posez la question à n’importe quel Québécois : d’où vient le gaz qui chauffe l’hôpital, l’école ou l’usine du coin ? D’où vient l’essence dans son réservoir ? La réponse est la même dans tous les cas : d’ailleurs. De l’Ouest canadien ou des États-Unis. Jamais du Québec.

Ce n’est pas un hasard géologique. C’est un choix politique. Et l’Institut économique de Montréal (IEDM) vient d’en faire le bilan.

Plus de la moitié de notre énergie

Dans un Point publié en mai 2026, l’analyste Gabriel Giguère rappelle une donnée que nos débats énergétiques oublient systématiquement : en 2024, le pétrole et le gaz naturel représentaient près de la moitié de l’énergie consommée au Québec. Depuis vingt ans, le pétrole tourne autour de 40 % de notre consommation et le gaz naturel autour de 15 %. Le Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques du gouvernement du Québec, publié en juin 2026, confirme l’ordre de grandeur : produits pétroliers et gaz naturel comptaient encore pour 52 % de la consommation finale d’énergie en 2022.

Autrement dit, l’image d’un Québec « tout électrique » est une image. La réalité, c’est une province qui dépend des hydrocarbures pour plus de la moitié de ses besoins et qui, depuis la loi d’avril 2022, s’interdit d’en produire une seule molécule.

Produire plutôt qu’importer

Puisque rien n’est produit ici, la totalité du pétrole et du gaz que nous consommons est importée. Chaque dollar dépensé pour cette énergie quitte le Québec. Chaque emploi lié à sa production est créé ailleurs. Chaque redevance est versée à un autre trésor public.

Pourtant, le sous-sol n’est pas vide. Selon les estimations compilées par l’IEDM, les réserves récupérables de gaz naturel des basses-terres du Saint-Laurent pourraient couvrir la consommation québécoise pendant 37 à 207 ans, au niveau de 2024. Même l’estimation basse représente plus d’une génération d’autonomie.

Et la demande ne disparaîtra pas. L’Agence internationale de l’énergie prévoit, si les politiques actuelles demeurent, une hausse de la demande mondiale de 31,5 % pour le gaz naturel et de 12,8 % pour le pétrole entre 2024 et 2050. Quelqu’un fournira cette énergie. La seule question est de savoir si le Québec sera du nombre.

Ce qu’on laisse dans le sol

Les chiffres de l’IEDM, tirés d’une étude du Canadian Energy Research Institute, donnent la mesure de l’occasion manquée. Pour le gaz naturel seulement :

  • jusqu’à 233 000 emplois-personnes sur 25 ans;
  • 93 G$ ajoutés au PIB du Québec sur la même période;
  • près de 15 G$ de recettes fiscales supplémentaires pour l’État québécois.

Ces emplois ne sont pas des emplois ordinaires. En 2025, les travailleurs de l’extraction gagnaient en moyenne 155 067 $ par année, soit 2,4 fois le revenu moyen au Québec. Ce sont des salaires qui font vivre une famille en région, pas des emplois de transition subventionnés.

Mettez ces chiffres en face du déficit québécois, projeté à 8,6 G$ pour 2026-2027. Se priver volontairement de 15 G$ de revenus fiscaux dans ce contexte, c’est un choix qu’il faudra un jour expliquer aux contribuables.

La population est en avance sur les élus

Le discours selon lequel « les Québécois ne veulent pas de ça » ne tient plus. Un sondage de décembre 2025 cité par l’IEDM indique que 54 % des Québécois sont favorables à l’exploitation des ressources pétrolières, soit le double de ceux qui s’y opposent (27 %). À l’échelle canadienne, un rapport Angus Reid note que 61 % des citoyens placent le développement économique en tête des priorités énergétiques.

La politique commence à bouger. Pendant la campagne électorale de 2026, la cheffe de la Coalition Avenir Québec, Christine Fréchette, a reconnu que les Québécois montrent « une plus grande ouverture » envers le développement du gaz, tout en insistant pour que les projets soient portés par les régions et que celles-ci touchent des redevances. Le Parti conservateur du Québec en fait un engagement central. Et plusieurs entreprises contestent devant les tribunaux la loi de 2022, qu’elles qualifient d’expropriation déguisée.

Le Québec partenaire, pas spectateur

Il y a ici une occasion qui dépasse nos frontières. Depuis la guerre en Ukraine, l’Europe cherche des fournisseurs stables. L’Ouest canadien produit du gaz en abondance et cherche une sortie vers l’Atlantique. Le Québec, avec son fleuve et son savoir-faire industriel, est le trait d’union naturel entre les deux. Nous l’avons décrit dans La passerelle vers l’Europe.

Un Québec qui produit son propre gaz, qui en exporte le surplus et qui ouvre sa porte à celui de l’Alberta n’est plus une province qui reçoit la péréquation. C’est un partenaire qui apporte quelque chose à la fédération et qui gagne, du même coup, le poids politique qui vient avec.

Ce que nous proposons

  • Abroger la Loi mettant fin à la recherche d’hydrocarbures ou de réservoirs souterrains, à la production d’hydrocarbures et à l’exploitation de saumure, adoptée en 2022.
  • Rétablir un cadre légal clair et prévisible pour que les investisseurs reviennent.
  • Exiger que les régions productrices touchent des redevances, comme le réclame la population.
  • Évaluer honnêtement, chiffres à l’appui, ce que coûte l’importation de 100 % de nos hydrocarbures.

Produire chez nous ce qu’on consomme déjà n’est pas un recul environnemental. C’est du gros bon sens. Et c’est exactement ce que défendent les Prospecteurs.

Pour aller plus loin : Gabriel Giguère, Levons l’interdit sur l’exploitation des hydrocarbures au Québec, IEDM, mai 2026, et En refusant d’exploiter son gaz et son pétrole, le Québec reste sur la touche, Le Soleil, juin 2026. Voir aussi le Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques du gouvernement du Québec.