Le gaz « renouvelable » : trois fois le prix, un milliard sur quatre ans
laClimatique.ca · 4 min de lecture

Voici un cas d’école de ce que donne une politique climatique qu’on n’a jamais soumise à une analyse coûts-avantages. Elle est québécoise, elle est discrète, et elle coûte cher.
Des quotas sans clients
Depuis 2020, le gouvernement du Québec impose aux distributeurs de gaz naturel, Énergir au premier chef, une proportion minimale de « gaz de source renouvelable » (GSR), c’est-à-dire de gaz produit à partir de matières organiques. Les cibles grimpent d’année en année : 1 % en 2020, 2 % en 2023, 5 % en 2025, 7 % en 2028 et 10 % en 2030, une dernière marche que Québec vient de reporter à 2032.
Le problème, c’est que les clients n’en veulent pas. Selon la Note économique publiée par l’IEDM en avril 2026, la consommation réelle de GSR ne représentait qu’environ 0,5 % de la consommation totale de gaz en 2024-2025. La demande volontaire des clients couvrait le quart de la cible. Pour 2029-2030, Énergir prévoit une demande de 77,2 millions de mètres cubes; la cible imposée est de 425,6 millions. L’écart, 348,4 millions de mètres cubes, c’est l’offre artificielle que l’État fabrique par règlement.
Trois fois le prix
Pourquoi personne n’en veut ? Parce que le GSR coûtait 94,88 ¢ le mètre cube en 2025-2026, contre 27,81 ¢ pour le gaz naturel conventionnel. C’est 3,4 fois plus cher. Et encore : le prix du gaz conventionnel inclut déjà près de 9 ¢ le mètre cube de marché du carbone québécois (le SPEDE), soit environ le tiers de son prix. Sans cette taxe déguisée, le gaz coûterait environ 19 ¢ et le GSR serait cinq fois plus cher.
Une fois dans le gazoduc, le GSR est indiscernable du gaz conventionnel. Même molécule, même chaleur, même usage. On paie le triple pour une étiquette.
Qui paie ? Tout le monde
Ce surcoût ne reste pas chez les rares clients qui choisissent le GSR. Il est « socialisé », c’est-à-dire réparti sur la facture de tous les clients du gaz, y compris ceux qui n’ont rien demandé. Selon les données de la Régie de l’énergie compilées par l’IEDM, ce coût avoisinerait 200 M$ par année en 2026-2027 et 2027-2028, puis dépasserait 300 M$ en 2028-2029 et 2029-2030. Total sur quatre ans : plus d’un milliard de dollars.
Concrètement, s’approvisionner entièrement en GSR ferait grimper la facture d’énergie d’une école primaire de 34 251 $ par année et celle d’un hôpital de 146 188 $. Ce sont des budgets d’enseignants, d’infirmières et d’équipements qui partent en fumée, pour un effet sur le climat mondial que personne n’a jamais chiffré.
Ce que ça change au thermomètre
Rien de mesurable. Le Québec émet environ 0,2 % des émissions mondiales, et le gaz de ses bâtiments en est une fraction. Nous avons fait le calcul à l’échelle du Canada dans Deux semaines et demie : la Chine émet en deux semaines et demie ce que le Canada émet en un an. Remplacer 10 % du gaz québécois par un gaz trois fois plus cher ne déplacera pas la courbe d’un millième de degré.
C’est exactement le genre de politique que Énergie & Climat en un coup d’œil propose de soumettre à une analyse coûts-avantages rigoureuse, comme nous l’expliquons dans Six premières étapes pour sortir du « Zéro Net ». Qu’est-ce que ça coûte ? Un milliard sur quatre ans. Qu’est-ce que ça change ? Rien.
L’ironie québécoise
Le même gouvernement qui force les Québécois à payer trois fois le prix pour un gaz « renouvelable » interdit, par une loi de 2022, d’exploiter le gaz naturel qui dort sous les basses-terres du Saint-Laurent. On importe 100 % de notre gaz, on le surtaxe au passage, puis on y mélange de force un produit que personne ne demande. Nous en parlons dans Interdit d’exploiter, obligé d’importer.
Un Québec partenaire de la fédération, c’est un Québec qui produit son gaz, qui le vend à un prix compétitif à ses hôpitaux, ses écoles et ses usines, et qui laisse le biométhane trouver sa place là où il est rentable : dans les fermes et les municipalités qui ont des matières organiques à valoriser, sans quotas ni subventions croisées.
Ce que nous proposons
L’IEDM recommande trois mesures. Nous les faisons nôtres :
- abolir le Règlement concernant la quantité de gaz de source renouvelable devant être livrée par un distributeur;
- abandonner l’objectif d’approvisionner à 100 % le secteur du bâtiment en GSR;
- éliminer les subventions directes et croisées en faveur de cette filière.
Comme le dit Gabriel Giguère, l’auteur de la Note : « Le gouvernement devrait faire confiance aux Québécois pour déterminer quel type d’énergie répond le mieux à leurs besoins et à leur budget. » Nous ne saurions mieux dire.
Pour aller plus loin : Gabriel Giguère, Abolissons la politique québécoise sur le gaz de source renouvelable, Note économique, IEDM, avril 2026, et le communiqué qui l’accompagne.