Le « Zéro Net », un pari de 5 000 milliards sur le trésor national
laClimatique.ca · 5 min de lecture

Quand un gouvernement s’engage à dépenser votre argent pendant 25 ans, la moindre des choses est de vous dire combien, et pour quel résultat. Sur le « Zéro Net », Ottawa n’a jamais fait ni l’un ni l’autre.
Énergie & Climat en un coup d’œil, édition canadienne 2025, publié par Canadiens pour une politique climatique raisonnable et traduit par le Pr Reynald Du Berger, comble ce vide. Les auteurs, H. Sterling Burnett et Ron Davison, ont réuni les estimations existantes. Le portrait est brutal.
Les chiffres qu’Ottawa ne consolide pas
Le livre rappelle d’abord un fait gênant : le Plan de réduction des émissions du gouvernement fédéral ne présente ni les coûts consolidés de ses mesures, ni leur effet attendu sur la température, ni leur impact sur la dette et l’inflation. On demande au pays de signer un chèque en blanc.
D’autres ont fait le calcul à sa place :
- La Banque Royale du Canada évalue la transition vers le « Zéro Net » à 60 milliards de dollars par année pendant 28 ans, jusqu’en 2050.
- Le budget fédéral de 2022 va plus loin et parle de 125 à 140 milliards par année en capital public et privé, soit l’équivalent de 11,5 % du revenu annuel des ménages.
- L’économiste Robert Lyman, pour Friends of Science, estime la facture totale entre 3 400 et 5 200 milliards de dollars de 2023 à 2050. Répartie sur les 16 millions de foyers canadiens, cela donne entre 212 500 $ et 325 000 $ par foyer.
- Rapporté à chaque citoyen, le livre parle d’au moins 90 000 $ par personne, financés par de la dette nouvelle qui s’ajoute aux quelque 30 000 $ de dette fédérale que chaque Canadien porte déjà.
Ce ne sont pas des chiffres de militants. La RBC et le ministère des Finances ne sont pas des repaires de climatosceptiques.

Investissement annuel pour atteindre le zéro émission nette au Canada d’ici 2050. Source : « Énergie & Climat en un coup d’œil », édition canadienne 2025 (CSCP), d’après le budget fédéral 2022.
La part du Québec
Le Québec compte près du quart des ménages du Canada. À 60 milliards par année, c’est environ 14 milliards de dollars qui sortent chaque année des poches des Québécois, par leurs impôts fédéraux, par la dette qu’on leur lègue et par les prix qui montent.
Quatorze milliards par année, c’est plus que le budget annuel de tout le réseau de l’enseignement supérieur du Québec. C’est des urgences qui ferment moins souvent, des routes réparées, des places en garderie. On y renonce, chaque année, pendant un quart de siècle.
Et ce calcul ne tient même pas compte des politiques propres au Québec : le marché du carbone, les subventions à l’électrification, l’interdiction d’exploiter nos hydrocarbures. Nous en avons parlé dans La taxe carbone, une hérésie économique et dans Le Québec, superpuissance économique en dormance.
Qu’est-ce qu’on achète avec tout ça ?
C’est ici que le pari devient absurde. Le livre cite plusieurs estimations de l’effet que le « Zéro Net » canadien aurait sur la température mondiale :
- Selon Bjorn Lomborg, si tous les pays respectaient l’Accord de Paris jusqu’en 2100, le réchauffement évité serait d’environ 0,17 °C. La part du Canada, 1,5 % des émissions mondiales, revient à 0,003 °C.
- Selon une étude de 2024 des physiciens Richard Lindzen, William Happer et W.A. van Wijngaarden, la neutralité carbone de toute la planète d’ici 2050 éviterait 0,07 °C. La contribution du Canada : entre 0,001 et 0,004 °C.
- En appliquant la formule du GIEC lui-même, les auteurs calculent que les émissions canadiennes de l’année 2022 ont réchauffé la planète de 0,000247 °C. À ce rythme, il faudrait 4 055 ans pour atteindre un degré.
Aucun instrument sur Terre ne peut mesurer de tels écarts. On nous demande 5 000 milliards pour un résultat qu’on ne pourra jamais vérifier.

Effet de l’Accord de Paris sur la température mondiale : 0,05 °C si tous les pays tiennent leurs promesses jusqu’en 2030, 0,17 °C s’ils les prolongent jusqu’en 2100. Source : « Énergie & Climat en un coup d’œil », édition canadienne 2025 (CSCP), d’après Bjørn Lomborg.
Le directeur parlementaire du budget l’a écrit
Le détail le plus frappant du livre vient d’Ottawa même. En 2022, le directeur parlementaire du budget a conclu que les émissions du Canada ne sont pas assez importantes pour avoir un effet matériel sur le changement climatique. Son rapport estime que, même dans un scénario de « changements climatiques extrêmes », le PIB canadien de 2100 serait réduit de 6,6 %. Et si toute la planète respectait l’Accord de Paris, ce manque à gagner passerait à 5,8 %.
Une amélioration de 0,8 %, soit environ 17 milliards de dollars en 2100, contre 3 400 à 5 200 milliards de dépenses d’ici 2050. N’importe quel comptable de Trois-Rivières refuserait ce dossier.
Un pari qu’on perd déjà
Pendant ce temps, les émissions canadiennes n’ont baissé que de 7,8 % depuis leur sommet de 2007. En six ans, de 2016 à 2022, le Canada a accompli 1,7 % de son engagement de réduction pour 2030. Le livre est clair : la cible de 2030 ne sera pas atteinte, et celle de 2050 encore moins, sauf au prix d’une perturbation économique majeure.
Le Fraser Institute calcule déjà que le Plan de réduction des émissions coûtera 6 700 $ par travailleur chaque année d’ici 2030 et effacera toute hausse du revenu réel par travailleur entre 2022 et 2030. Autrement dit, une décennie de stagnation salariale, décidée en haut lieu.
Ce que le Québec devrait exiger
Le Québec n’est pas un spectateur dans cette affaire. Il est le deuxième contributeur à la fédération. Il a le poids politique pour exiger ce que le livre réclame : une comptabilité honnête, une analyse coûts-avantages pour chaque mesure, et l’abandon des cibles qui n’auront aucun effet mesurable sur le climat.
Ce n’est pas se désolidariser du Canada. C’est au contraire jouer pleinement son rôle de partenaire : celui qui pose les questions que tout le monde évite et qui propose une voie plus intelligente. Nous y revenons dans Six premières étapes pour sortir du « Zéro Net ».
Pour aller plus loin : Énergie & Climat en un coup d’œil, édition canadienne 2025, section 1 (« L’économie des engagements climatiques du Canada ») et section 2 (« Les restrictions nationales sur le CO2 sont futiles et nuisibles »). Les figures et références complètes sont disponibles sur sensiblechange.ca.