Comment les sacrifices climatiques du Canada positionneront-ils le pays économiquement et géopolitiquement ?
Dernier
Dernier de l’OCDE pour la croissance prévue du PIB par habitant de 2030 à 2060.
Dernier de l’OCDE pour la croissance du PIB par habitant prévue de 2030 à 2060, seul grand producteur d’énergie à taxer le carbone, et un pays qui dit non à l’Allemagne et au Japon quand ils veulent acheter son gaz.
Lire le sujet en détailReplier le sujet
Le taux de croissance économique du Canada est tombé de près de 4 % par an au début des années 1970 à environ 1,5 % par an au cours des dernières décennies (voir la figure 4.1). Les projections de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) suggèrent que la croissance du PIB canadien pourrait se stabiliser autour de 2 % par an, dans la moyenne de l’OCDE. À ce rythme, le PIB du Canada n’atteindra qu’environ 10 billions de dollars par an au milieu du siècle, une performance faible par rapport aux autres nations de l’OCDE.

Figure 4.1 : Déclin du PIB du Canada de 1970 à aujourd’hui, avec des prévisions de déclins supplémentaires. Source : OCDE.
Par habitant, les chiffres sont encore plus inquiétants. Un rapport de 2024 indique que la croissance du PIB par habitant du Canada se classait troisième par le bas parmi 30 pays entre 2014 et 2022 (voir la figure 4.2), avec un taux annuel moyen de seulement 0,6 %.48

Figure 4.2 : Taux de croissance moyens du PIB par habitant pour les pays de l’OCDE; le Canada est près du bas de l’échelle, en rouge. Source : OCDE.
En partie à cause des politiques de neutralité carbone et de ses engagements financiers, la croissance anticipée du PIB par habitant du Canada de 2030 à 2060 se classe en dernière position parmi les pays de l’OCDE, avec seulement 0,78 % par an (voir la figure 4.3). Ces politiques, qui handicapent le secteur des ressources naturelles pourtant vital pour l’économie, placent le pays en position de grave désavantage face à ses pairs.

Figure 4.3 : Projections de l’OCDE des taux de croissance du PIB par habitant de 2030 à 2060. Le Canada (en rouge) est en bas de la liste de tous les pays de l’OCDE avec une croissance projetée de seulement 0,78 %. Source : OCDE.
Ce que dit le directeur parlementaire du budget
Un rapport de 2022 du directeur parlementaire du budget (DPB) a déclaré que les émissions du Canada ne sont pas assez importantes pour avoir un impact matériel sur le changement climatique. L’agence a pourtant publié une estimation de l’impact économique que le « changement climatique » et les engagements de Paris auront sur la croissance du PIB du Canada.49
En résumé (voir le tableau 4.1), les aléas du « changement climatique » réduiront la croissance du PIB du Canada de 6,6 % d’ici 2100. Avec une croissance de 2 % par an, le PIB augmenterait d’environ 378 % d’ici 2100; le « changement climatique » ramènerait cette croissance à 371,4 %, une différence d’environ 140 milliards de dollars. Le DPB a aussi montré que, sous une pleine adhésion mondiale aux engagements de Paris, la réduction passerait de 6,6 % à 5,8 % : une amélioration de 0,8 %, soit environ 17 milliards de dollars.

Tableau 4.1 : Impact estimé du changement climatique sur le PIB réel du Canada en fonction des scénarios mondiaux d’émissions de GES. Source : Directeur parlementaire du budget, 2022.
Une taxe carbone que nos concurrents n’ont pas
La taxe sur le carbone du Canada, de 80 $ la tonne et en route vers 170 $ en 2030, en fait un cas à part parmi ses concurrents directs dans les ressources naturelles et l’énergie. Les quatre premiers producteurs d’énergie (charbon, pétrole et gaz combinés) sont la Chine, les États-Unis, la Russie et l’Arabie saoudite : aucun n’applique de taxe nationale sur le carbone. Parmi les deux partenaires commerciaux les plus proches du Canada, les États-Unis n’en ont pas non plus, et celle du Mexique n’est que de 4,80 $ la tonne.
En conséquence, la tarification du carbone met le Canada en position de désavantage marqué, augmente le prix des biens canadiens et entrave l’accès aux marchés mondiaux (voir la figure 4.4).50

Figure 4.4 : La part du Canada dans le commerce avec les États-Unis diminue, tandis que le commerce des États-Unis avec la Chine augmente, en partie parce que nos produits sont moins compétitifs en raison de nos politiques de taxe sur le carbone. Source : Affaires mondiales Canada, Bureau de l’économiste en chef.
Pire encore, le Canada repousse même ses clients. Lorsque l’Allemagne et le Japon ont demandé à acheter du gaz naturel liquéfié (GNL) canadien, le premier ministre Justin Trudeau leur a répondu qu’il n’y avait « pas de dossier commercial » pour le GNL.51
Ironiquement, les politiques carbone du Canada conduiront à des émissions mondiales plus élevées : chaque baril de pétrole, chaque molécule de gaz naturel ou chaque tonne de charbon dont on empêche l’exportation sera produit dans des pays aux normes éthiques, sociales et environnementales plus faibles, donc avec plus d’émissions, plus de pollution et plus de risques.
Points clés
- Le PIB du Canada a reculé par rapport aux autres nations développées de l’OCDE, en grande partie à cause des politiques agressives de neutralité carbone qui paralysent l’énergie, les ressources naturelles et d’autres secteurs.
- Les projections de croissance du PIB par habitant pour 2030 à 2060 placent le Canada en dernière position de l’OCDE.
- Le directeur parlementaire du budget a établi que des « changements climatiques extrêmes » (jugés peu probables par le GIEC) réduiraient le PIB du Canada de seulement 6,6 %, et que la pleine conformité mondiale à Paris n’améliorerait ce chiffre que de 0,8 %, soit 17 milliards de dollars d’ici 2100. Dépenser de 3,4 à 5,2 billions d’ici 2050 pour un bénéfice aussi minuscule n’en vaut pas la peine.
- La taxe carbone place le Canada en désavantage face à ses partenaires commerciaux et concurrents, dont la plupart n’en imposent aucune.
Et pour le Québec ?
Le Québec est, avec la Californie, l’un des rares États d’Amérique du Nord à taxer le carbone à la consommation, et il a lui aussi dit non à un terminal de GNL. Voir La taxe carbone, une hérésie économique et La passerelle vers l’Europe.
Références
- Alex Whalen, Milagros Palacios et Lawrence Schembri, Nous devenons plus pauvres – PIB par habitant au Canada et dans l’OCDE, 2002-2060 We’re Getting Poorer—GDP per Capita in Canada and the OECD, 2002-2060, Fraser Institute, 2024, https://www.fraserinstitute.org/sites/default/files/were-getting-poorer-gdp-per-capita-in-canada-and-oecd-2002-2060.pdf
- Directeur parlementaire du budget (DPB), Émissions mondiales de gaz à effet de serre et PIB canadien, 8 novembre 2022, https://publications.gc.ca/collections/collection_2023/dpb-pbo/YN5-259-2022-fra.pdf
- Affaires mondiales Canada, L’Accord Canada–États-Unis–Mexique : Évaluation de l’impact économique, 26 février 2020, https://www.international.gc.ca/trade-commerce/assets/pdfs/agreements-accords/cusma-aceum/cusma-impact-repercussion-eng.pdf
- Leslie Palti-Guzman et Rachel Ziemba, Concernant le GNL, le Canada a repoussé l’Allemagne, puis le Japon – ce pays ne peut pas continuer ainsi On LNG, Canada turned away Germany, then Japan, Globe and Mail, 24 janvier 2023, https://www.cnas.org/publications/commentary/on-lng-canada-turned-away-germany-then-japan-this-country-cannot-keep-doing-that
Ce sujet tient en deux pages dans le livre, sources et figures comprises.
Obtenir le livre (nouvel onglet)