Les combustibles fossiles dans l’agriculture, le transport et la médecine
+80 %
Sans engrais de synthèse, il faudrait 80 % de terres de plus. Le Sri Lanka a essayé : riz −80 %.
Le gaz naturel fait les engrais, les engrais font les récoltes. Le Sri Lanka les a interdits en 2021 : riz −80 %, thé −50 %, président en fuite. Sans engrais de synthèse, il faudrait 80 % de terres de plus pour nourrir le monde.
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Le gaz naturel est un ingrédient clé de deux composants des engrais, l’urée et l’ammoniac, mélangés au phosphore et au potassium pour produire les engrais « synthétiques ». Ces engrais ont des avantages sur les engrais « naturels » : ils sont absorbés plus facilement par le sol et libèrent progressivement leurs nutriments, ce qui exige moins d’applications et coûte moins cher aux agriculteurs.
Les engrais synthétiques nécessitent aussi moins de terres pour produire la même quantité de nourriture. Passer au « naturel » exigerait de cultiver jusqu’à 80 % de terres agricoles supplémentaires (voir la figure 2.1).

Figure 2.1 : Sans les engrais synthétiques, nous devrions augmenter la superficie des terres agricoles jusqu’à 80 % pour nourrir le monde entier. Source : Breakthrough Institute.
En 2021, le gouvernement « vert » du Sri Lanka a décidé de suivre la voie du « zéro émission nette » et a interdit tous les engrais et pesticides synthétiques, c’est-à-dire dérivés du pétrole et du gaz naturel, au profit d’une agriculture « 100 % naturelle ». La production de riz a immédiatement chuté de 80 %, celle de thé de moitié, les exportations se sont effondrées et les prix des aliments ont explosé. Des manifestations massives de fermiers et de consommateurs ont forcé un changement de politique et obligé le président à quitter le pays.94
Les gouvernements des Pays-Bas, de l’Irlande et d’autres pays ont tenté des politiques semblables, dont un projet massif de « réduction » du bétail en Irlande,95 qui a entraîné des manifestations comparables.
La population mondiale dépasse huit milliards et continue de croître : il nous faut plus de nourriture, pas moins, et l’agriculture biologique ne peut pas répondre à cette demande sans une augmentation massive de la main-d’œuvre agricole, une conversion inacceptable des terres et la destruction d’habitats naturels.
La médecine et le transport
Au-delà des nombreux produits médicaux en plastique (masques à oxygène, tubulures, poches de soluté), beaucoup de médicaments utilisés chaque jour par des millions de personnes sont fabriqués à partir de pétrole. L’acide acétylsalicylique (aspirine) provient des produits pétrochimiques cumène, phénol et benzène. S’y ajoutent les antihistaminiques, les antibactériens, les suppositoires, les sirops contre la toux, les crèmes, les onguents, les analgésiques et les gels comme les désinfectants pour les mains.96 Les combustibles fossiles alimentent aussi de manière fiable les hôpitaux : réfrigération, éclairage, ordinateurs, appareils d’IRM et de radiographie, génératrices de secours.
Ils alimentent toujours la majeure partie du réseau de transport qui apporte la nourriture des fermes et les médicaments des entreprises pharmaceutiques. Sans eux, impossible de maintenir les plus de 25 000 vols quotidiens aux États-Unis seulement, les 14 000 aéronefs militaires et les 100 000 navires qui traversent les océans chaque jour.
Toute réduction radicale des combustibles fossiles par des politiques de zéro émission nette rendrait ces produits alimentaires et médicaux de base plus rares et plus chers. Le zéro émission nette nuira non seulement à notre niveau de vie, mais aussi à notre santé.
Points clés
- Les combustibles fossiles sont essentiels à l’agriculture moderne : tracteurs, moissonneuses-batteuses, séchoirs à grains, camions, et ingrédient clé des engrais et des pesticides synthétiques.
- Réduire ou éliminer les engrais synthétiques réduirait considérablement les rendements. Dans un monde de huit milliards de personnes, le zéro émission nette pourrait entraîner la faim, voire la famine, pour des millions, sinon des milliards de personnes.
- Les combustibles fossiles jouent un rôle vital dans d’innombrables médicaments, y compris l’aspirine, et dans les réseaux de transport qui livrent nourriture et médicaments.
Et pour le Québec ?
Ottawa demande aux agriculteurs du Québec de réduire de 30 % leurs émissions liées aux engrais. Nous en mesurons l’effet sur le maïs et le soya de la Montérégie dans La leçon du Sri Lanka et dans La vache n’est pas le problème.
Références
- Tunku Varadarajan, Sri Lanka’s Green New Deal Was a Human Disaster, Wall Street Journal, 15 juillet 2022, https://www.wsj.com/articles/sri-lankas-green-new-deal-was-a-human-disaster-gotabaya-rajapaksa-borlaug-synthetic-fertilizers-hunger-organic-agriculture-11657832186
- Jude Webber, Irish farmers pressured to cull up to 200,000 cows to meet climate goals, Financial Times, 10 août 2023, https://www.ft.com/content/4028ae15-fea2-48fb-bcdb-228f61e1b098
- CAPP, Petroleum in real life: pills, https://www.capp.ca/en/oil-natural-gas-you/petroleum-and-real-life/
Ce sujet tient en deux pages dans le livre, sources et figures comprises.
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