L’apocalypse n’aura pas lieu : la fin du RCP 8.5
laClimatique.ca · 4 min de lecture

Vous avez sans doute lu ces manchettes : villes côtières englouties, récoltes effondrées, chaleurs mortelles, tout ça « d’ici la fin du siècle ». Ce que les articles précisaient rarement, c’est que la plupart de ces projections reposaient sur un seul scénario : le RCP 8.5.
Et ce scénario, de plus en plus de climatologues le reconnaissent aujourd’hui, ne décrit pas l’avenir le plus probable.
Qu’est-ce que le RCP 8.5 ?
Pour son 5e rapport, publié en 2013-2014, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a utilisé quatre trajectoires de concentration de gaz à effet de serre, les RCP (Representative Concentration Pathways). Le chiffre désigne le forçage radiatif atteint en 2100, en watts par mètre carré. Le RCP 8.5 était le plus extrême des quatre.
Pour y arriver, il fallait imaginer un monde qui multiplie sa consommation de charbon pendant tout le siècle, sans progrès technologique notable, avec une croissance démographique élevée. C’était un scénario de limite haute, utile pour tester les modèles. Le problème, c’est qu’il a rapidement été présenté comme le scénario du « statu quo », celui qui nous attend si on ne fait rien.
Ce qu’en disent les spécialistes
En 2020, les climatologues Zeke Hausfather et Glen Peters ont publié dans la revue Nature un commentaire au titre éloquent : le récit du « statu quo » est trompeur. Leur constat : compte tenu de l’évolution réelle du secteur de l’énergie, notamment le recul du charbon et la baisse du coût des autres sources, le RCP 8.5 est devenu de plus en plus invraisemblable. Le politologue Roger Pielke Jr. documente lui aussi depuis des années le décalage entre ce scénario et les émissions observées.
Le GIEC lui-même a pris acte. Dans son 6e rapport, publié en 2021, il juge faible la probabilité des scénarios d’émissions les plus élevés, compte tenu de l’évolution récente du secteur énergétique.
Autrement dit, le scénario qui a fait les plus grosses manchettes de la dernière décennie ne correspond pas à la trajectoire sur laquelle le monde se trouve réellement.
Des modèles qui chauffent trop
Le problème ne s’arrête pas aux scénarios. Le chapitre Modèles climatiques vs données de température mesurées du livret Climat en bref montre que les mesures réelles, qu’elles proviennent des satellites, des ballons-sondes ou des stations de surface, indiquent un réchauffement inférieur de plus de moitié à celui prévu par les modèles.
Un modèle trop sensible, alimenté par un scénario extrême : on obtient mécaniquement des projections spectaculaires. Ce sont ces projections qui ont servi à justifier des taxes, des interdictions et des cibles hors de portée.
Les données, elles, sont rassurantes
Pendant qu’on nous annonçait le pire, le monde réel suivait un autre chemin. Le livret Climat en bref le documente thème par thème :
- Les décès liés aux phénomènes météorologiques extrêmes ont considérablement diminué au cours du dernier siècle, et les données ne montrent aucune augmentation significative de ces phénomènes au cours des 100 dernières années.
- Les tornades fortes et violentes sont en baisse depuis des décennies aux États-Unis.
- La production agricole mondiale bat des records presque chaque année.
- Les vagues de froid ne sont pas devenues plus fréquentes ni plus graves.
Cela ne veut pas dire que le climat ne change pas. Cela veut dire que les changements observés sont modérés, et que l’humanité s’y adapte de mieux en mieux.
Pourquoi c’est important pour le Québec
Parce que nos politiques publiques ont été construites sur la peur. Interdiction d’exploiter nos hydrocarbures, électrification à marche forcée, taxes sur le carbone : chaque fois, on a invoqué l’urgence et l’imminence de la catastrophe.
Si le scénario de référence de cette catastrophe ne tient plus, il est légitime de revoir les politiques qui en découlent. Ce n’est pas nier la science : c’est la prendre au sérieux. Benoît Rittaud, mathématicien et président de l’Association des climato-réalistes, en discute avec le Pr Reynald Du Berger au balado Réalisme Climatique (écouter l’épisode). Le Pr W.A. van Wijngaarden, physicien de l’Université York, y est aussi passé (écouter l’épisode).
Tourner la page
L’apocalypse n’aura pas lieu. Ce qui nous attend, si on fait les bons choix, c’est un Québec plus riche, mieux outillé, capable de s’adapter à tout ce que la nature lui réserve, y compris ses hivers.
L’ère de la culpabilisation et de la décroissance est révolue. Place aux faits, et place à ceux qui veulent bâtir.