Aller au contenu
← Tous les articles

Le mandat des véhicules électriques : un cadeau à la Chine, sauf si le Québec ouvre ses mines

laClimatique.ca · 5 min de lecture

Le mandat des véhicules électriques : un cadeau à la Chine, sauf si le Québec ouvre ses mines

Le Québec a été l’une des premières juridictions en Amérique du Nord à annoncer l’interdiction de la vente de véhicules neufs à essence à compter de 2035. Ottawa a suivi avec la même cible pour les véhicules légers, et 2040 pour les camions moyens et lourds, partout au pays, y compris en région.

Avant de célébrer, il vaut la peine de lire ce qu’en dit Énergie & Climat en un coup d’œil, édition canadienne 2025. Le chapitre sur les véhicules électriques (VE) pose trois questions que nos gouvernements ont évitées.

Un VE est-il vraiment « zéro émission » ?

Non. Il n’émet rien en roulant, mais il émet beaucoup à la fabrication, surtout pour sa batterie. Le livre cite l’analyse de cycle de vie de Volkswagen : le point d’équilibre entre un VE et un véhicule diesel se situe autour de 75 000 milles, soit environ 120 000 km. C’est probablement au-delà de la durée de vie utile de bien des batteries actuelles.

Au Québec, où l’électricité vient de l’hydro, la recharge est effectivement propre. Mais la batterie, elle, a été fabriquée ailleurs, le plus souvent avec de l’électricité au charbon. Le « zéro émission » sur la plaque d’immatriculation est un slogan, pas une mesure.

Émissions du cycle de vie chez Volkswagen : le VE part avec 12 tonnes de CO2 avant le premier kilomètre et ne rattrape le diesel qu’après environ 120 000 km

Volkswagen : émissions sur le cycle de vie, moteur diesel contre véhicule électrique. Chaque batterie exige 250 tonnes de minage. Source : « Énergie & Climat en un coup d’œil », édition canadienne 2025 (CSCP), d’après Mark Mills, Manhattan Institute.

D’où viendront les minéraux ?

C’est la question centrale. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les engagements d’adoption des VE exigeront d’ici 2030 l’ouverture de 50 nouvelles mines de lithium, 60 de nickel et 17 de cobalt. En comptant toutes les composantes des batteries, l’AIE arrive à plus de 388 nouvelles mines dans le monde.

Le Fraser Institute a comparé ce besoin aux délais réels d’ouverture d’une mine au Canada et aux États-Unis. Sa conclusion : les cibles de 2030 sont presque impossibles à atteindre. Un rapport du Service géologique de Finlande va plus loin et juge physiquement impossible de produire les métaux requis par la transition dans un délai aussi court.

Et pendant qu’on hésite, un pays n’hésite pas. La Chine domine la chaîne d’approvisionnement de quelque 17 métaux essentiels aux VE. Le livre l’appelle « l’OPEP des minéraux pour l’énergie verte ». Elle en tire un avantage qu’elle n’a aucune intention de partager. Les auteurs ajoutent un rappel que les acheteurs de VE préfèrent ignorer : le cobalt extrait par des enfants au Congo et les panneaux solaires fabriqués par le travail forcé des Ouïghours.

340 mines existantes au Canada et aux États-Unis contre 388 nouvelles mines nécessaires d’ici 2030; une mine de nickel prend 13 à 18 ans, une mine de lithium 6 à 9 ans

Mines existantes et mines requises, avec les délais de mise en œuvre. Source : « Énergie & Climat en un coup d’œil », édition canadienne 2025 (CSCP), d’après l’Institut Fraser.

Part de la Chine dans le traitement des minéraux : cuivre 40 %, nickel 35 %, cobalt 65 %, terres rares 87 %, lithium 58 %

Dominance de la Chine dans le traitement des minéraux critiques. Source : « Énergie & Climat en un coup d’œil », édition canadienne 2025 (CSCP), d’après l’AIE, 2021.

Et le Canada dans tout ça ?

Le livre est sans détour : « Compte tenu des obstacles bureaucratiques au Canada, l’ouverture de nouvelles mines avant 2030 semble très improbable. Ainsi, le déficit commercial généré par le mandat des VE de 2030 est un cadeau du Canada à la Chine. »

Le Canada compte déjà quelque 340 mines. Il a les gisements, la main-d’œuvre, les normes environnementales les plus strictes au monde. Ce qui lui manque, c’est la volonté de délivrer des permis en moins d’une décennie.

Le Québec a ce que le monde cherche

Voici où le Québec entre en scène, et pas comme victime. Le lithium de l’Abitibi, le graphite de Lanaudière, le nickel du Nord-du-Québec, les terres rares : notre sous-sol contient une bonne partie des minéraux dont les chaînes d’approvisionnement occidentales ont désespérément besoin. Nous l’avons dit dans Le Québec, superpuissance économique en dormance.

Nos alliés, les États-Unis et l’Europe, cherchent des fournisseurs stables, démocratiques et respectueux de l’environnement pour réduire leur dépendance à Pékin. Le Québec coche toutes les cases. Encore faut-il :

  • délivrer les permis miniers dans des délais prévisibles, en années et non en décennies;
  • accepter que l’extraction se fasse chez nous, selon nos normes, plutôt que de la sous-traiter à des pays qui n’en ont pas;
  • transformer une partie de ces minéraux ici, pour que la valeur ajoutée reste au Québec;
  • travailler avec l’Ontario et les provinces de l’Ouest pour bâtir une chaîne nord-américaine complète.

C’est là que le Québec peut être un partenaire qui apporte quelque chose à la fédération, plutôt qu’un spectateur qui attend sa péréquation.

Le mandat, lui, doit tomber

Cela dit, ouvrir nos mines ne justifie pas de forcer les Québécois à acheter un véhicule qu’ils ne veulent pas ou ne peuvent pas se payer. Le livre rappelle aussi ce que nous avons documenté dans Quand les plombs vont sauter : le réseau d’Hydro-Québec, un matin de janvier à -30 °C, n’est pas prêt à recharger des centaines de milliers de VE en même temps que les plinthes de tout le Québec.

Le marché décidera du rythme d’adoption des VE, comme il l’a fait pour tous les produits qui méritaient de s’imposer. Les gisements, eux, devraient être exploités dès maintenant, parce que la demande mondiale existe déjà et que, si ce n’est pas nous, ce sera la Chine.

Pour aller plus loin : Énergie & Climat en un coup d’œil, section 1, chapitre 5 (« L’impact environnemental et social »), et le rapport du Fraser Institute Can Metal Mining Match the Speed of the Planned Electric Vehicle Transition? (en anglais).