Le parcours du Canada vers le zéro émission nette et les obstacles à surmonter
67 %
L’hydrogène « vert » perd 67 % de l’énergie en route. Le plan empile des mandats que personne n’a chiffrés.
Électricité « zéro net » dès 2035, captage du carbone à 16,5 G$, hydrogène qui perd 67 % de l’énergie en route, engrais réduits de 30 % : le Plan de réduction des émissions empile des mandats dont personne n’a consolidé les coûts.
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Les aspirations du Canada en matière de zéro émission nette sont définies dans le Plan de réduction des émissions (PRE) du gouvernement fédéral. Les changements prévus dans la production d’électricité sont illustrés à la figure 3.1.
Bien que le Canada soit déjà un leader mondial avec 82 % de sa production d’électricité sans émissions de CO2 (voir la figure 3.2), le PRE exige que le secteur de l’électricité atteigne le zéro émission nette d’ici 2035.12 La Régie de l’énergie du Canada (REC) propose d’y parvenir grâce à une combinaison de nouvelles éoliennes, de centrales nucléaires, d’hydroélectricité, de gaz naturel avec captage et stockage du carbone (CUSC), de bioénergie avec captage (BECSC) et d’énergie solaire. La production à partir de combustibles fossiles sans CUSC diminuerait rapidement sous des politiques climatiques de plus en plus sévères; le secteur atteindrait zéro en 2035, puis deviendrait « net négatif » grâce à la BECSC.13


Figure 3.1 : Plan de réduction des émissions (PRE) – Évolution de la production d’électricité de 2021 à 2050 et émissions de GES du secteur de l’électricité par combustible. Source : Régie de l’énergie du Canada, Avenir énergétique du Canada en 2023.

Figure 3.2 : Production d’électricité du Canada par type (82 % sans émissions). Source : Gouvernement du Canada, Plan de réduction des émissions pour 2030, chapitre 2.
L’avenir énergétique du Canada limité par les énergies renouvelables intermittentes
Le réseau électrique de l’Alberta met en évidence l’un des problèmes des énergies renouvelables : leur intermittence. Comme le montre le tableau 3.1, l’efficacité combinée de l’éolien et du solaire en Alberta, parce que le soleil ne brille pas toujours et que le vent ne souffle pas toujours, est de 28,8 %.

Tableau 3.1 : Production d’électricité en Alberta – Résumé d’efficacité (réseau AESO, énergies renouvelables éolienne et solaire).
En Alberta, la contribution du vent et du solaire est souvent proche de zéro pendant des jours ou des semaines, fréquemment au moment où l’énergie est le plus nécessaire. Ensemble, l’éolien et le solaire fournissent moins de 50 % de l’énergie plus de 90 % du temps; ajouter de la capacité est inutile quand le soleil ne brille pas et que le vent ne souffle pas.
Dans le cadre du PRE, le parc de transport du Canada doit être sans émissions nettes d’ici 2050. L’objectif du gouvernement Trudeau est que tous les véhicules légers neufs soient sans émissions d’ici 2035, et les véhicules moyens à lourds d’ici 2040, indépendamment de la densité de population. Les zones rurales doivent donc aussi être électrifiées.
La technologie de captage, d’utilisation et de stockage du carbone (CUSC) est trop coûteuse
Le CUSC, par lequel le CO2 des opérations industrielles est capté, transporté et stocké de manière permanente dans des réservoirs souterrains, est un pilier du plan fédéral. Le PRE prévoit que le secteur pétrolier et gazier plafonne ses émissions.14 Une analyse de l’option conclut que « la stratégie financière optimale pour respecter le plafond est de réduire la production ». Pour une réduction de 20 Mt d’éq. CO2 par an, la production de pétrole du Canada, surtout en Alberta, diminuerait de 10 % et celle de gaz de 12 %. Rien qu’en Alberta, cela réduirait le PIB réel de 4,5 % par rapport à la référence, soit une perte combinée de 191 milliards de dollars et de 55 000 emplois de 2030 à 2040.
Le Conference Board du Canada prévoit que le coût d’un plafond sur les émissions pétrolières et gazières, dans un scénario médian, serait de 2,9 milliards de dollars par an d’ici 2030 et de 120 à 130 milliards de dollars par an d’ici 2050.15
Un exemple concret : le projet de captage de l’Alliance Nouvelles voies, qui relie 20 installations de sables bitumineux de la région de Cold Lake. Sa première phase coûtera 16,5 milliards de dollars pour capter 10 à 12 mégatonnes de CO2 par an, soit moins de 2 % des émissions annuelles du Canada et 0,03 % des émissions mondiales. En appliquant le coût social du carbone d’Environnement et Changement climatique Canada (environ 284 $ la tonne) à 10 Mt par an, les dommages évités se situeraient entre 14,2 et 17 milliards de dollars sur cinq ans : la majeure partie, mais pas nécessairement la totalité, du coût du projet.16 Une fois le coût de la dette publique inclus, ces dommages évités sont clairement insuffisants.
Hydrogène : il n’y a pas de modèle d’affaires
L’hydrogène, mentionné 96 fois dans le PRE, est présenté comme un mécanisme prometteur. Il présente pourtant de nombreux problèmes techniques, de sécurité, de transport et financiers avant de pouvoir devenir une solution de rechange viable.

Figure 3.3 : Création d’hydrogène à partir d’énergie éolienne et solaire. Les 100 W, 70 W, etc., indiquent la quantité d’énergie restante après chaque étape du processus, depuis la production initiale jusqu’à l’énergie disponible pour l’utilisateur final. Source : Robert Lyman, Friends of Science Society.
Récemment, l’Allemagne, le Japon et la Grèce se sont tournés vers le Canada pour acheter du gaz naturel. On leur a répondu qu’il n’y avait « aucun modèle d’affaires ». Un accord sur l’hydrogène « vert » a pourtant ensuite été conclu avec l’Allemagne. Or il n’y a vraiment pas de modèle d’affaires pour l’hydrogène « vert » : environ 67 % de l’énergie produite par l’éolien et le solaire est consommée ou perdue avant que l’hydrogène n’atteigne le marché visé (voir la figure 3.3).17 Il existe en revanche un modèle d’affaires pour le gaz naturel liquéfié (GNL) canadien, avec l’avantage que les émissions mondiales baisseraient à mesure que le GNL remplacerait les centrales au charbon en construction en Chine, en Inde et ailleurs.
Agriculture : dégâts auto-imposés par la réduction des émissions de fertilisants
Le PRE demande aux agriculteurs canadiens de réduire de 30 % les émissions liées aux engrais par rapport à 2020 d’ici 2030. Le principal moyen d’y parvenir est d’en réduire l’utilisation. Une étude a comparé le statu quo à une réduction de 20 % des engrais chimiques entre 2023 et 2030 : baisse des rendements de 23,6 boisseaux par acre pour le colza, de 67,9 pour le maïs et de 36,1 pour le blé de printemps; production annuelle de maïs en chute de 43 % en 2030.18 En 2030, la valeur de la production perdue de ces trois cultures serait de 10,4 milliards de dollars; les pertes cumulées de 2023 à 2030 atteindraient 40,5 milliards, concentrées en Saskatchewan et en Alberta. L’Association des producteurs de blé de l’Ouest canadien estime les pertes de revenus à 2,95 milliards par an en Alberta, 4,61 milliards en Saskatchewan et 1,58 milliard au Manitoba d’ici 2030. Là où des restrictions sur les engrais ont déjà été imposées, la production alimentaire a chuté, la famine a augmenté et des émeutes ont renversé des gouvernements.
Le Plan de réduction des émissions du Canada est douloureux et sans aucun gain
Il n’existe aucune comptabilisation complète des coûts, séparés ou cumulés, de tous ces mandats et programmes, ni de leurs impacts sociaux. Comme le montre la section 3, ces mesures n’auront pas non plus d’impact appréciable sur le climat. Le Fraser Institute conclut, dans son rapport de juillet 2024 : « Le PRE est remarquablement peu détaillé en ce qui concerne les estimations des coûts. … Premièrement, le PRE réduira les émissions de GES du Canada, mais pas suffisamment pour atteindre le niveau cible de 2030. Deuxièmement, le PRE va sérieusement freiner la croissance du PIB et éliminer toute augmentation nette du revenu réel par travailleur entre 2022 et 2030. … Les mesures réglementaires sont extrêmement inefficaces et augmentent le coût par tonne de l’ensemble à environ 3,5 fois celui de la taxe carbone seule. »19
Points clés
- Le gouvernement fédéral a proposé plusieurs politiques pour atteindre le zéro émission nette : mandats pour les véhicules électriques, électricité « renouvelable », captage et stockage du carbone, hydrogène et réductions agricoles, dans le cadre du Plan de réduction des émissions (PRE).
- Le gouvernement n’a présenté ni les coûts consolidés, ni l’impact de ces dépenses sur le climat (en degrés évités), ni leur impact financier (dette, inflation) sur la société.
- Le Canada produit déjà 82 % de son électricité sans émissions; l’intermittence de l’éolien et du solaire (28,8 % d’efficacité en Alberta) et le coût du captage du carbone rendent le reste du plan illusoire.
Et pour le Québec ?
Le Québec est l’exemple même d’un réseau déjà décarboné qui n’a rien à gagner à ces mandats et tout à perdre à l’électrification forcée. Voir Quand les plombs vont sauter et, sur les engrais, La leçon du Sri Lanka.
Références
- Plan de réduction des émissions du Canada pour 2030 (PRE), https://publications.gc.ca/collections/collection_2022/eccc/En4-460-2022-fra.pdf
- Avenir énergétique du Canada en 2023 – Offre et demande énergétiques à l’horizon 2050, Principales constatations, Régie de l’énergie du Canada, https://www.cer-rec.gc.ca/fr/donnees-analyse/avenir-energetique-canada/2023/
- Impact économique potentiel du plafond fédéral proposé sur les émissions de pétrole et de gaz Potential Economic Impact of the Proposed Federal Oil and Gas Emissions Cap, Deloitte, mars 2024, https://open.alberta.ca/dataset/f9b8dd81-2fc1-4e73-a75f-bedf55463841/resource/bba401be-cab6-4ce1-a0f6-7a8da2da7e5b/download/epa-tbf-potential-economic-impact-of-theproposed-federal-oil-and-gas-emissions-cap.pdf
- Conference Board du Canada, La voie vers le zéro net : Résultats de l’enquête auprès des PME canadiennes The Path to Net Zero: Survey Results From Canadian SMEs, 8 décembre 2023, https://www.conferenceboard.ca/product/the-path-to-net-zero-results/
- Financial Post, 5 août 2025, Le captage et le stockage du carbone pourraient être une erreur coûteuse Carbon Capture and storage could be an expensive mistake, https://financialpost.com/opinion/carbon-capture-storage-expensive-mistake
- Robert Lyman, Le fiasco de la politique canadienne sur l’hydrogène Canada’s Hydrogen Policy Fiasco, Friends of Science, https://friendsofscience.org/library/policies-economics-and-ethics/canada’s-hydrogen-policy-fiasco.pdf
- Implications d’un objectif de réduction totale des émissions sur les engrais Implications of a Total Emissions Reduction Target on Fertilizer, MNP LLP pour Fertilisants Canada, https://fertilizercanada.ca/wp-content/uploads/2021/10/MNP-Economic-Report_FINALweb.pdf
- Ross McKitrick, Impact économique et effets sur les GES du plan de réduction des émissions du gouvernement fédéral jusqu’en 2030 The Economic Impact and GHG Effects of the Federal Government’s Emissions Reduction Plan through 2030, Fraser Institute, juillet 2024, https://www.fraserinstitute.org/sites/default/files/economic-impact-and-ghg-effects-of-govt-ERP-thru-2030.pdf
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